La nidification du Guêpier d'Europe (Merops apiaster) à Penthaz (VD) en 2016


Résumé

En 2016, 7 premiers guêpiers ont été vus le 29 avril, puis un groupe de 10 individus a été observé du 10 au 15 mai. Le mauvais temps en mai et juin a retardé le début de la ponte de 2 à 3 semaines. Comme en 2015, seuls 3 couples se sont reproduits, malgré le rafraîchissement des falaises effectué pendant l'hiver 2015/16 par la Direction générale de l'environnement du Canton de Vaud (DGE-BIODIV). Cela représente un effondrement spectaculaire par rapport à la période 2011-2014, où plus de 20 nids étaient recensés annuellement. La raison de cette chute des effectifs est la conjonction des facteurs suivants: réduction de la hauteur des parois de nidification facilitant l'accès aux prédateurs, et envahissement du site par les ligneux gênant la détection des attaques de l'Epervier d'Europe (Accipiter nisus). Les recommandations sur la gestion concernent en premier lieu une évacuation des talus de sable au pied des parois formés par l’érosion ainsi qu'une importante coupe de bois..

Situation de la décharge de Penthaz au printemps 2016 et travaux d’entretien

Durant l’hiver 2015/16, des travaux de débroussaillage et de rafraîchissement des falaises ont été entrepris par la DGE-BIODIV.

Arrivée et installation des guêpiers

En 2016, 7 premiers guêpiers ont été vus le 29 avril. Aucune activité de creusage n'a été observée avant fin mai. Une période froide fin mai a freiné la nidification jusqu’à début juin. Trois couples se sont reproduits dans la gravière en 2016, apparemment avec succès. Une 4e galerie a été utilisée, mais il n'est pas certain que les guêpiers y ont niché. La dernière observation sur le site a été effectuée le 26 août 2016 (au moins 8 ind.).

Succès de reproduction et prédation

Les 3 nids ont probablement réussi. L’épervier a été observé à plusieurs reprises. Ce dernier est sans doute en partie responsable de l'abandon partiel de la colonie, comme cela avait été le cas de 2006 à 2008, lorsqu'une femelle d'épervier s'était spécialisée sur les guêpiers. Comme lors des années précédentes, un renard a élevé ses jeunes dans la falaise, non loin des nids des guêpiers. Si le renard n'est pas un prédateur direct du guêpier, il provoque un dérangement important en creusant des galeries, presque à la hauteur où certains guêpiers tentent de nicher. Le talus d'érosion permet notamment l'accès aux mustélidés, qui eux peuvent déterrer les nids de guêpiers. Certaines entrées de galerie ont été ouvertes, avec des traces de griffes visibles sur les bords du trou.

Fig. 1. Evolution du nombre de couples nicheurs à Colliare. L'année 2015 marque une chute drastique des effectifs.

Recommandations pour l’entretien du site

Végétation

Des travaux de défrichement ont été entrepris par la DGE-BIODIV au pied des falaises pendant l'hiver 2015/16. Les arbres recolonisant les pentes surplombant les falaises et sur les bords de la décharge prennent toutefois trop de hauteur et gênent la visibilité pour les guêpiers, qui doivent pouvoir détecter les attaques de l'épervier de loin. Il paraît nécessaire de procéder à une coupe bien plus importante par rapport aux années précédentes. Une telle coupe devrait avoir lieu si possible déjà pendant l'hiver 2016/17.

Falaises

Une comparaison avec les années précédentes montre l’augmentation du dépôt au pied de la paroi, diminuant la partie verticale parfois de plus de 50%. Bien que les falaises aient été rafraîchies pendant l'hiver 2015/16, il faudrait intervenir à nouveau pendant l'hiver 2016/17 afin d'évacuer les dépôts amassés au pied des parois. Il faudrait créer une dépression au pied des falaises pour recueillir les dépôts futurs. Il n'est pas nécessaire de toucher la partie supérieure des parois.

Fig. 2. Les terriers de renards sont trop proches des nids. Le rafraîchissement des falaises sans évacuation du talus d'érosion n'est pas suffisant. 18 juin 2016, L. Maumary

Fig. 3. Coupe des falaises avec à gauche la situation actuelle et à droite la situation après évacuation du talus d'érosion. L'accès aux prédateurs terrestres sera ainsi rendu plus difficile et la surface de nidification pour les guêpiers augmentée.

Perspectives

La colonie de guêpiers à Penthaz existe maintenant depuis 20 ans. Il s'agit de la plus ancienne et de la plus pérenne des colonies helvétiques. Elle est actuellement menacée par l'envahissement des ligneux réduisant le champ de vision des oiseaux (par rapport aux attaques de l'Epervier d'Europe depuis la forêt) et la réduction de la hauteur des parois par l'érosion facilitant l'accès des prédateurs terrestres.

Remerciements

La DGE-BIODIV a entrepris d'importants travaux d'entretien pendant l'hiver 2015/16. Même s'ils n'ont pas entièrement porté leurs fruits en 2016, ces travaux sont indispensables au maintien de la colonie de guêpiers.

Fig. 4. L'envahissement du haut des falaises par la végétation arbustives permet à des prédateurs comme ici le Faucon crécerelle d'affûter leurs proies à proximité des nids des guêpiers. 18 juin 2016. L. Maumary. Fig. 5. Cette photo de 2014 montre que les Guêpiers ont niché ou tenté de nicher à la hauteur des terriers de renard, voire au-dessous. 2014 marque la dernière année avec plus de 20 couples. Mai 2014, L. Maumary.

Annexes 

Photos du 23 mars 2016 montrant les travaux de rafraîchissement des falaises et de débroussaillage entrepris par la DGE-BIODIV pendant l'hiver 2016/17. Les limons érodés devraient idéalement être évacués tout en surcreusant le pied des falaises.

Lionel Maumary
Biologiste ornithologue
Président du Cercle ornithologique de Lausanne
Praz-Séchaud 40
1010 Lausanne


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