L'île aux oiseaux à Préverenges: Bilan intermédiaire sur 15 ans

Groupe « île aux oiseaux de Préverenges »
Photos: Lionel Maumary, Laurent Vallotton, Dinah Saluz et Franck Lehmans


Introduction

Les zones humides, des habitats devenus rares

La Suisse était autrefois riche en milieux humides, avec de grandes étendues de marais, les rives naturelles des lacs et des étangs ainsi que les rivières et fleuves aux méandres changeants. A l’état naturel, les zones de transition entre les surfaces d’eau libre et la terre ferme couvraient de grands espaces. La régulation du niveau des lacs et l’aménagement des rives des cours d’eau empêchent aujourd’hui l’inondation périodique des zones alluviales et forment des limites nettes entre la terre et l’eau. La correction des eaux et le drainage des marais et prairies à litière ont causé la perte de 90 % de toutes les zones humides de Suisse. Par conséquent, de nombreuses espèces animales et végétales typiques des stations humides et inondées ont vu leur habitat se restreindre. Elles se sont donc considérablement raréfiées ou ont même complètement disparu. Un objectif prioritaire de la protection de la nature est de conserver intégralement les zones humides existantes et de revitaliser celles qui peuvent l’être.

Fig. 1. Chevaliers gambettes et Combattants variés sur le rivage de Préverenges.

Les limicoles sont menacés

Un quart de toutes les espèces de limicoles du monde sont menacées d’extinction, et deux sont déjà éteintes en Europe. Les recensements effectués dans les zones d’hivernage en Afrique (Banc d’Arguin, Mauritanie notamment) suggèrent que la plupart des espèces ont subi une chute de plus de moitié de leurs effectifs entre les années 80 et 90. Ces déclins sont extrêmement importants, dans un site qui héberge environ un tiers de tous les limicoles européens hivernant en Afrique. Les limicoles sont des migrateurs au long cours, ce qui les rend particulièrement susceptibles aux changements qui interviennent dans leur environnement. Leur mœurs leur impose une migration de plusieurs milliers - voire dizaine de milliers – de kilomètres le long d’un chapelet de sites d’escale. Ils se concentrent au même moment dans ces sites clés, où ils sont tous vulnérables. De telles migration sont extrêmement exigeantes en ressources nutritives et dépendantes des circonstances locales lors des escales, ce qui ajoute à la fragilité du système. En effet, ces caractéristiques écologiques très particulières entrent en compétition avec l’homme pour les habitats clés, surtout dans les régions tempérée et tropicale à proximité de localités à fortes densités humaines. Les effets des changements climatiques induits par l’homme, avec pour conséquence une montée du niveau des océans, sur la nidification, la migration et l’hivernage des limicoles sont inconnus. La diversité extraordinaire des limicoles, qui tissent des toiles de voies migratoires autour de la planète en fait un grand défi pour la conservation des espèces, imposant une vision globale de causalité et de responsabilité humaine.

Fig. 2. Courlis cendrés passant la nuit à l'île aux oiseaux de Préverenges.

La migration des limicoles

En Europe continentale, le passage des limicoles est beaucoup plus discret au printemps qu’en automne, d’une part parce que leur nombre est plus faible après la mortalité hivernale et d’autre part parce que la migration s’effectue plus rapidement. Néanmoins, la bonne fréquentation des rares sites d’escale favorables sur les rives lémaniques témoigne de leur importance pour ces oiseaux. La côte nord du Léman présente un fort potentiel pour l’escale des limicoles au printemps : les limicoles survolent le lac à faible hauteur et longent La Côte lorsqu’ils butent contrent le rivage à la recherche d’un site d’escale favorable. Ces oiseaux ont en effet besoin de se reposer et se nourrir régulièrement au cours de leur voyage de plusieurs milliers de kilomètres. Les étapes sont le plus souvent de plusieurs centaines de kilomètres, à une vitesse migratoire moyenne de 60-70 km/h.

Fig. 3. Le Léman est situé dans le couloir migratoire du Plateau suisse. NASA. Fig. 4. Les limicoles longeant le lac ou cherchant à se poser à son extrémité aboutissent à Préverenges au printemps.

Les limicoles ont besoin de zones humides non seulement pour la nidification mais également pour s’y nourrir en route lors de leurs migrations vers leurs quartiers d’hiver et au retour. Les limicoles, essentiellement originaires du nord de l’Europe et de Sibérie en particulier, font escale en Suisse sur les rives lacustres et fluviales, dans les marais et les cultures inondées. Ils y renouvellent leurs réserves de graisse avant de poursuivre leur voyage. Lorsqu’ils sont peu dérangés, le séjour peut se prolonger si la qualité des biotopes le permet. Les diverses espèces de limicoles recherchent leur nourriture dans les milieux les plus variés. Le Courlis cendré, par exemple, a une préférence pour les marais ouverts, le Petit Gravelot, pour les bancs de graviers sans végétation et le Bécasseau variable ou le Chevalier gambette pour les vasières. De nombreux limicoles comme les pluviers ou les vanneaux fréquentent également les plaines agricoles, où ils font escale dans les champs, prairies et pâturages inondés.

Fig. 5. Bécasseaux sanderlings et maubèches se posant sur l'île aux oiseaux à Préverenges. Fig. 6. Groupe d'Echasses blanches en escale à Préverenges.

Le déclin des migrateurs du littoral

Le groupe d’oiseaux ayant subi un déclin marqué au cours du XXe siècle est sans conteste celui dépendant du fragile interface terre-eau, aujourd’hui enroché sur plus de 80 % des rives. La disparition de 105 plantes vasculaires spécialisées sur 133 présentes à la fin du XIXe siècle dans la région lausannoise constitue un exemple frappant de la disparition des rivages à faible déclivité à la faveur d’enrochements abrupts. Les derniers espaces encore intacts, sauvegardés par miracle ou à force de volonté humaine, sont convoités par un nombre croissant de plaisanciers, qui constituent actuellement la menace la plus grande pour ces vestiges de nature.

Fig. 7. Les grèves de Préverenges exondées en mars 1996 avant la construction de l'île.

La disparition des grèves naturelles et des lagunes littorales, notamment par remblayage et dragage, a eu un impact négatif sur pratiquement tous les limicoles à l’exception du Chevalier guignette, qui apprécie les enrochements. A quelques exceptions près, les groupes de ces oiseaux étaient plus grands autrefois, comme en témoignent les observations du début du XXe siècle relatées dans les chroniques ornithologiques. Si ce déclin va de pair avec les drainages des marais dans lesquels nichent ou hivernent les limicoles, il n’en est pas moins représentatif de la réduction des possibilités qui leur sont offertes sur les rives lémaniques. Ils ne trouvent des sites d’escale adéquats qu’aux endroits où les hauts-fonds hors de l’emprise humaine sont exondés temporairement lors de l’abaissement printanier des eaux (années bissextiles surtout). Les gravelots, bécasseaux, chevaliers et autres petits échassiers peuvent s’y reposer et se nourrir pendant leur migration de plusieurs milliers de kilomètres qui les ramène vers leurs quartiers de nidification dans le grand Nord. Il est en effet indispensable que de tels sites jalonnent leur chemin afin qu’ils puissent entamer la saison de reproduction dans un bon état physiologique. Ces rivages naturels n’existent plus qu’aux Grangettes, à Préverenges et à Excenevex (Haute-Savoie F), mais ils sont fortement soumis à la pression des promeneurs et surtout de leurs chiens non tenus en laisse, qui interdit tout séjour prolongé aux oiseaux.

Les sites d’escale

Le dernier inventaire des sites d’escale pour les limicoles sur l’ensemble du territoire suisse, fait en 1992 par la Station ornithologique suisse, fait un constat alarmant. Seuls 35 sites d’importance nationale ont été recensés, la plupart d’entre eux ne bénéficiant d’aucune protection et étant menacés. Seuls 3 sites d’importance nationale existent sur les rives helvétiques du Léman, soit Les Grangettes, Préverenges et la rade de Genève. La plupart des perturbations sur ces sites proviennent d’activités humaines les plus diverses. Des mesures doivent être prises de toute urgence pour conserver et recréer ces habitats ainsi que pour y diminuer l’impact humain. En effet, les perturbations de toutes sortes ont un fort impact sur les oiseaux qui y séjournent, particulièrement lorsque ces biotopes sont isolés. Sans zone refuge où se replier, les limicoles quittent souvent définitivement le site après le premier dérangement. L’abaissement annuel du niveau du lac entre mars et mai, prévu pour faciliter les travaux riverains, permet d’augmenter la surface de grèves exondées. L’abaissement normal est de 50 cm par rapport aux hautes eaux (372.3 m sur mer). Lors des années bissextiles, le niveau du lac est même ramené à la cote 371.4 msm, soit 90 cm en dessous du niveau des hautes eaux.

Fig. 8. Groupe exceptionnel de Bécasseaux maubèches en escale à Préverenges en mai 2004.

L’île aux oiseaux de Préverenges

Fig. 12. L'île aux oiseaux de Préverenges vue d'avion en avril 2004

Située au coude nord du Léman, la baie de Préverenges fonctionne comme un butoir pour les oiseaux migrateurs arrivant du lac au printemps, revenus d’Afrique et en route pour leurs lointains quartiers d’été dans la toundra arctique. Une « île aux oiseaux » y a été créée en 2001/02, sous l’impulsion du Cercle ornithologique de Lausanne (COL). Plus de 230 espèces, dont 60 de limicoles et laridés, y ont été identifiées à ce jour, ce qui en fait un des hauts lieux de l’ornithologie helvétique. Les hauts-fonds exondés au printemps près de l’embouchure de la Venoge attirent un grand nombre de petits échassiers (limicoles), mouettes, goélands et sternes (laridés), tentés de faire escale pour se reposer et se nourrir avant de continuer leur voyage long de plusieurs milliers de kilomètres. Les grèves de Préverenges n’étaient exondées qu’une partie du printemps et n’offraient aucune possibilité d’escale pendant la migration d’automne. De plus, les dérangements fréquents dus notamment aux chiens non tenus en laisse perturbent sans cesse les oiseaux. Face à cette situation, le Cercle ornithologique de Lausanne (COL), en collaboration avec Pro Natura Vaud et le Groupe ornithologique et des sciences naturelles de Morges et environs (GOS), a élaboré un projet d’île aux oiseaux à l’embouchure de la Venoge. Après 15 ans d’études et de démarches administratives, menées dès 1986, cette île a été créée entre octobre 2001 et avril 2002. Elle est située à une centaine de mètres de la rive, composée d’un enrochement en forme d’arc abritant un banc de sable et de gravier. Etant exondée en toute saison, elle offre une capacité d’accueil optimale pour les migrateurs. Un îlot rond était dévolu à la nidification de la Sterne pierregarin mais cette espèce n'y a jamais niché.

Fig. 13. L'île aux oiseaux de Préverenges lors d'une tempête en septembre 2008.

Cette île constitue un attrait pour les promeneurs qui peuvent observer à loisir ces voyageurs fascinants, surtout au printemps. Des panneaux d’information pour le public ont été mis en place sur le rivage en 1996, permettant l’identification des nombreuses espèces présentes au printemps et en hiver. A peine terminée, l’île aux oiseaux de Préverenges s’est offert un palmarès impressionnant : d’avril à juin 2002, 27 espèces de limicoles et 14 de laridés s’y sont posées, soit pratiquement toutes les espèces observées en 17 ans d’étude sur le site, totalisant plus de 1'500 données. En janvier et février 2002, alors qu’il n’y avait encore qu’un enrochement, une troupe comptant jusqu’à 15 Courlis cendré hivernants y ont passé la nuit, fait rarissime dans le bassin lémanique. Puis dès le moment où les machines ont quitté le chantier à fin mars, l’île a hébergé des limicoles tous les jours jusqu’en juin. Dès la construction de l’île, l’automne a vu de nombreux limicoles se poser à Préverenges, le nombre de données atteignant même le tiers de celui obtenu au printemps. La fréquentation des Chevalier guignette, Bécasseau variable et Grand Gravelot a été particulièrement élevée. De nombreux laridés ont également été observés, telles que Mouettes mélanocéphales ou Sternes caugeks.

La migration des limicoles à Préverenges

A peine achevée, l’île a suscité l’intérêt des oiseaux, qui ont trouvé un havre de paix leur offrant sécurité et nourriture, indispensable au bon déroulement de leur migration. L’évolution du nombre de limicoles recensés de 1984 à 2011 montre clairement l’influence de l’île, qui a permis l’escale d’un nombre de limicoles encore plus grand que lors des meilleures années bissextiles de 1984 et 1996. Le nombre moyen annuel (de janvier à juin) de limicoles migrateurs faisant escale à Préverenges est 3 fois plus élevé depuis la création de l’île : il est passé de 344 pour la période 1984-2001 (avant la création de l’île) à 1'065 pour la période 2002-2011 (après la création de l’île). Si l'on ne tient compte que des années bissextiles, la moyenne a plus que doublé : elle est passée de 705 (1984, 1988, 1992, 1996 et 2000) à 1'844 (2004 et 2008). La fréquentation record est également due à des séjours prolongés, qui étaient auparavant souvent interrompus par les chiens : les oiseaux continuent à se nourrir sur le rivage mais passent la nuit sur l’île et s’y réfugient lors de dérangements. L’île fonctionne donc non seulement comme site d’escale pour le repos des migrateurs mais également comme gagnage et comme refuge. L’hivernage des Courlis cendrés, phénomène nouveau, participe notablement à cette augmentation. Ces oiseaux arrivent lors des premiers grands froids de décembre ou janvier pour repartir en février/mars. Chaque soir, ils rallient l'île de Préverenges depuis les gagnages diurnes situés en Haute-Savoie et sur la côte jusque dans la région de Nyon. Le Petit Gravelot niche chaque année sur l'île, sans succès jusqu'à présent en raison de la prédation par la Corneille noire et de la rapide remontée des eaux en avril. Un très grand nombre d’espèces a également été enregistré, avec des totaux records, ainsi que plusieurs nouvelles espèces pour le site: Pluvier fauve, Bécassine sourde, Phalarope à bec large, Flamant rose et Ibis falcinelle notamment.

Fig. 14 a. Evolution du nombre de limicoles observés de 1984 (début du recensement systématique) à 2011. Fig. 14 b. Evolution du nombre de limicoles observés de 1984 (début du recensement systématique) à 2013. Fig. 14 c. L'île aux oiseaux vue de l'espace en 2010. Fig. 14 d. L'île aux oiseaux vue de l'espace en 2011. Fig. 14 e. L'île aux oiseaux vue de l'espace en 2012. Fig. 15 et 16. Fréquences du Petit Gravelot et du Grand Gravelot de 1997 à 2011.
Fig. 17. Grand Gravelot adulte. Fig. 15 et 16. Fréquences du Gravelot à collier interrompu et du Pluvier argenté de 1997 à 2011.
Fig. 17 et 18. Gravelots à collier interrompu femelle (à gauche) et mâle (à droite).
Fig. 19 et 20. Fréquences du Bécaseau maubèche et du Bécasseau sanderling de 1997 à 2011.
Fig. 21 et 22. Bécasseaux maubèche et sanderling.
Fig. 23 et 24. Fréquences du Bécasseau minute et du Bécaseau de Temminck de 1997 à 2011.
Fig. 25 et 26. Bécasseaux minute et de Temminck.
Fig. 27 et 28. Fréquences du Bécasseau cocorli et du Bécasseau variable de 1997 à 2011.
Fig. 29 et 30. Bécasseaux cocorli et variable.
Fig. 31 et 32. Fréquences du Combattant varié et de la Barge à queue noire de 1997 à 2011.
Fig. 33 et 34. Combattants variés et Barge à queue noire.
Fig. 35 et 36. Fréquences de la Barge rousse et du Courlis corlieu de 1997 à 2011.
Fig. 37 et 38. Barge rousse et Courlis corlieu.
Fig. 39 et 40. Fréquences du Chevalier arlequin et du Chevalier gambette de 1997 à 2011.
Fig. 41 et 42. Chevaliers arlequin et gambette.
Fig. 43 et 44. Fréquences du Chevalier stagnatile et du Chevalier aboyeur de 1997 à 2011.
Fig. 45 et 46. Chevaliers stagnatile et aboyeur.
Fig. 47 et 48. Fréquences du Chevalier culblanc et du Chevalier sylvain de 1997 à 2011.
Fig. 49 et 50. Chevaliers culblanc et sylvains.
Fig. 51 et 52. Fréquences du Chevalier guignette et du Tournepierre à collier de 1997 à 2011.
Fig. 53 et 54. Chevalier guignette et Tournepierre à collier.
Fig. F55 et 56. Fréquences de l'Huîtrier pie et de l'Avocette élégante de 1997 à 2011.
Fig. 57 et 58. Huîtrier pie et Avocette élégante.
Fig. 59. Fréquences de l'Echasse blanche de 1997 à 2011.
Fig. 60. Echasse blanche.

Tableau 1. Moyennes du nombre d'observations de limicoles à Préverenges en 1997-2001 et 2002-2011.

Espèce Moyenne 1997-01 (n= limicole / jour) Moyenne 2002-11 (n= limicole / jour) Facteur d'accrois sement
Petit Gravelot 36 146 x4
Grand Gravelot 5 62 x12
Gravelot à collier interrompu 0 2 ++
Pluvier argenté 0 7 ++
Pluvier fauve + +
Vanneau huppé + +
Bécasseau maubèche 0 6 ++
Bécasseau sanderling 4 36 x9
Bécasseau minute 1 5 x5
Bécasseau de Temminck 1 11 x11
Bécasseau cocorli 0 5 ++
Bécasseau variable 3 45 x15
Combattant varié 89 212 x2
Barge à queue noire 3 10 x3
Barge rousse 0 16 ++
Bécassine des marais 0 + +
Bécassine sourde 0 + +
Courlis cendré 0 710 +++
Courlis corlieu 5 26 x5
Chevalier arlequin 8 6 -
Chevalier gambette 46 129 x3
Chevalier stagnatile 1 1 x1
Chevalier aboyeur 22 81 x4
Chevalier culblanc 0 14 ++
Chevalier sylvain 9 30 x3
Chevalier guignette 46 140 x3
Tournepierre à collier 0 16 ++
Huîtrier pie 3 4 x1
Avocette élégante 1 6 x6
Echasse blanche 4 6 x1
Phalarope à bec large + +
Total 344 (50-1300) 1065 (521-2550) x3

Evolution et gestion

Depuis 1984, les limicoles sont recensés quotidiennement sur les plages de Préverenges et St-Sulpice au printemps. L'évolution de la fréquentation du site par ces oiseaux est donc très bien connue. A part le Chevalier arlequin, le Chevalier stagnatile, l'Huîtrier pie et l'Echasse blanche, toutes les espèces de limicoles sont devenues bien plus fréquentes depuis la construction de l'île, certaines espèces étant jusqu'à 15 fois plus nombreuses à l'exemple du Bécasseau variable. La situation actuelle a été comparée aux 5 dernières années avant la construction de l'île, le régime des eaux étant alors plus proche qu'au cours des années 1984-1996, lorsque le niveau des basses-eaux était notablement plus bas. L'île principale et l'îlot rond, tous deux stabilisés, se sont rapidement couverts de végétation et, dès 2004, il a été nécessaire d'intervenir par débroussaillage afin d'éviter une évolution rapide vers le boisement. Ces débroussaillage annuels ont été effectués fin juillet. Une roselière s'est établie dans la zone occidentale de l'île, abritant notamment le Râle d'eau, la Poule d'eau et la Rousserolle effarvatte. Les zones de vasières utiles aux limicoles n'existent que par basses eaux. Le plancher de molasse dans la zone abritée par l'enrochement s'est petit à petit rehaussé par les dépôts de limons, ce qui a eu pour conséquence que l'île est reliée au rivage pendant les basses-eaux extrêmes du mois de mars. Cette liaison temporaire avec le rivage n'a que peu d'influence sur le sentiment de sécurité des oiseaux qui fréquentent l'île car elle intervient après le départ des Courlis cendrés hivernant et avant l'arrivée du gros des limicoles. Du côté du rivage, une accumulation de sable venant de l'ouest lors des tempêtes a formé une langue s'allongeant progressivement en direction de l'île. Ce banc de sable instable est très apprécié des limicoles et laridés, notamment en été/automne lors des hautes eaux. C'est à ce moment la seule plage en partie dépourvue de végétation dans la zone de l'île. Depuis l'apport massif de sable sur la plage de Préverenges plus à l'ouest, elle s'est élargie et a progressé plus rapidement en direction de l'île car les tempêtes y déposent sur son flanc ouest ce nouveau sable arraché par les vagues à la plage de Préverenges. Son évolution est toutefois à surveiller afin d'éviter que l'île devienne une presqu'île permanente.

Hôtes exceptionnels et nombres records

Fig. 61. Ce Pluvier fauve mâle adulte observé le 21 juillet 2003 sur l'île aux oiseaux de Préverenges constituait la première donnée suisse.

Fig. 62. Flamant rose adulte bagué jaune BDFB séjournant à l'île aux oiseaux en septembre 2010.
Fig. 63. Ibis falcinelle adulte en escale à l'île aux oiseaux en mai 2011.
Fig. 64. Chevalier grivelé adulte en plumage nuptial. Île aux oiseaux de Préverenges VD, 29 mai 2013.
Fig. 65 et 66. Chevalier grivelé adulte en plumage nuptial. Île aux oiseaux de Préverenges VD, 29 mai 2013.
Fig. 67. Depuis la construction de l'île, les Tournepierres à collier et les Bécasseaux sanderlings se posent à Préverenges en nombre bien plus élevé qu'autrefois. Fig. 68 et 69. L'hivernage de groupes de Courlis cendrés pouvant atteindre plus de 150 individus est sans doute le plus grand succès de l'île aux oiseaux de Préverenges.

La Sterne pierregarin

La Sterne pierregarin est répandue dans le monde entier : la sous-espèce nominale niche du Canada au nord de l’Amérique du Sud, sur les îles de l’Atlantique, en Afrique du Nord et de l’Ouest, ainsi qu’en Europe de la péninsule Ibérique et des îles Britanniques à travers la majeure partie de l’Eurasie jusqu’au bassin du Ienisseï. Les quartiers d’hiver se situent principalement sur les côtes des mers tropicales et subtropicales, la population paléarctique hivernant des côtes atlantiques africaines à celles de l’océan Indien. Fig. 70. Distribution de la Sterne pierregarin en Suisse. En Suisse, l’espèce niche en 14-16 colonies (1999-2003) réparties sur les lacs du Plateau, la plus importante étant celle du Fanel BE/NE avec 163 (143-176) couples en moyenne entre 1999 et 2003, soit 38 % de l’effectif helvétique moyen durant la même période. Les autres colonies comptant plus de 10 couples (moyenne 1999-2003) se trouvent à Verbois GE, aux Grangettes VD, au Lengwiler Weiher TG, à Salavaux VD, à Cheseaux-Noréaz VD, à Romanshorn TG, à Rapperswil SG, au Nuolener Ried SZ et au Greifensee ZH. Le delta de la Dranse F accueillait en moyenne 25 couples de 1976 à 1992 mais a été déserté depuis. La plupart des sites de nidification se situent entre 280 et 430 m d’altitude, le plus élevé étant depuis 1996 le radeau du lac de la Gruyère FR à 680 m. En migration, l’espèce peut être observée sur tous les plans d’eau du Plateau, irrégulièrement dans le Jura, à l’intérieur des Alpes et au Tessin. Hors des sites de nidification, les plus grandes concentrations de migrateurs sont observées à Genève, dans une moindre mesure à Préverenges VD et Yverdon.

Les adultes nicheurs accompagnés de leurs jeunes disparaissent des sites de reproduction dès fin juin, surtout entre mi-juillet et mi-août. Des familles et des oiseaux isolés sont observées jusqu’à fin août, parfois jusqu’à fin septembre sur le Léman, à Préverenges, dans la baie d’Excenevex F et près de Genève surtout. Les premiers migrateurs arrivent dès fin mars, la migration culminant dans la seconde moitié d’avril sur le Léman et le lac de Neuchâtel, dans la première moitié de mai sur le lac de Constance. Des estivants non nicheurs sont régulièrement observés en juin et juillet loin des colonies. Au XIXe siècle, la Sterne pierregarin était plus fréquente que la Mouette rieuse en Suisse. Ses effectifs ont fortement diminué jusque dans la deuxième moitié du XXe siècle, avant de se rétablir grâce à la mise à disposition de sites de nidification artificiels. Les corrections fluviales et l’exploitation des graviers ont causé la disparition des colonies en sites naturels où les dernières reproductions ont été signalées au début du XXe siècle à Nidau BE, vers 1920 à Aarberg BE et sur la Thur à Wil SG et Bischofszell TG, entre 1920 et 1930 au Kanderdelta BE et sur le Rhin à Flaach ZH-Rüdlingen SH, vers 1930 à Hagneck BE, en 1934 à l’embouchure de la Thielle NE et à la fin des années 30 à l’embouchure du Rhône aux Grangettes VD. En 1952, il ne subsistait plus que la colonie du Fanel BE/NE, sauvée par l’aménagement d’un îlot artificiel en 1929; puis des radeaux, plateformes et îles de gravier ont permis à la colonie de se développer dès 1963. En Suisse, la Sterne pierregarin est aujourd’hui entièrement dépendante des interventions humaines en raison de l’altération de ses habitats résultant des corrections fluviales. La création de sites artificiels a permis à la population helvétique de se rétablir, les sites naturels ayant presque tous disparu pendant la première moitié du XXe siècle. La population reste toutefois petite et le succès de reproduction est faible, les couvées étant vulnérables face aux intempéries, crues, dérangements ou prédateurs que sont le Rat surmulot Rattus norvegicus, le Milan noir, l’Autour des palombes, le Goéland leucophée, la Chouette hulotte ou la Corneille noire, certains individus spécialisés pouvant entièrement anéantir une colonie. L’île neuchâteloise du Fanel BE/NE, où l’espèce a niché entre 1970 et 1980, a été abandonnée par l’espèce en 1981 à cause du Goéland leucophée. La contamination des oiseaux par des PCB et des organochlorés accumulés avant tout lors des séjours dans les quartiers d’hiver africains influence négativement le succès de reproduction par une fragilisation de la coquille des œufs. La pollution des eaux est responsable du déclin de la population hollandaise de 42'000-48'000 couples en 1954 à 14'000-19'000 en 1997. Il serait souhaitable de promouvoir la surveillance des sites de nidification existants, la création de nouvelles possibilités de nidification telles que radeaux, plateformes ou îlots de gravier en des lieux adéquats ainsi que la revitalisation des eaux courantes, en restaurant la dynamique alluviale naturelle permettant la formation de deltas. Afin de limiter la prédation sur les poussins, des caches devraient être aménagées sur les sites de nidification.

Suivi de la colonie de Sternes pierregarins (Sterna hirundo) à Préverenges en 2016

Fig. 71. Plateforme à sternes de Préverenges construite en 2015.

Introduction

Dans la zone d'eau calme située entre l’île et le rivage dans la partie ouest de l'île aux oiseaux de Préverenges, une plateforme de 6 x 6 m permet d'accueillir une colonie de Sterne pierregarin. Cette espèce ne peut plus se reproduire que dans de tels sites artificiels, les sites naturels (bancs de sable se créant naturellement à l'embouchure des rivières, deltas naturels) n'existant plus en Suisse. Ces plateformes sont très appréciés des sternes, qui les colonisent rapidement. La plateforme a été construite au début de l'année 2015 par l'entreprise Rampini SA, la réception du chantier ayant eu lieu le 11 février 2015. Au printemps et en été 2015, les offrandes de couples de Sternes pierregarins ont eu lieu mais pas de nidification. Au printemps 2016, une colonie d'env. 50 couples s'est installée sur la plateforme et a produit 30 jeunes à l'envol.

Fig. 71-73. La plateforme à sternes complète le dispositif d'accueil de l'île aux oiseaux.

Buts du projet

Le but principal de ce projet est, d'une part, de suivre l'évolution du nombre de couples nicheurs et leur succès de reproduction. Dans un premier temps, le baguage est utile au comptage des jeunes, qui ne peut être effectué avec précision qu'en visitant la plateforme. D'autre part, le baguage permet d'avoir des informations concernant la migration et les zones d'hivernage de la Sterne pierregarin, dont la connaissance est encore lacunaire. En effet, une reprise récente du lac de Morat montre que l'espèce peut hiverner aussi loin au sud que la Namibie. Le baguage des sternes de Préverenges permet également de connaître les échanges futurs avec les différentes colonies de Verbois GE, de la Pointe-à la-Bise GE, des Grangettes VD, du Fanel BE ou du lac de Morat VD, cette dernière étant particulièrement bien suivie grâce au baguage. Le principal reposoir des sternes sur les enrochements à l'embouchure de la Venoge permet le plus souvent la lecture des bagues. On peut ainsi également cerner le taux de retour des oiseaux nés dans la colonie.

Fig. 74. La Sterne pierregarin nicheuse H 89565 est née en 2009 au bord du lac de Neuchâtel à Vaumarcus VD.

Méthode de capture

Le site de baguage est la plateforme artificielle complétant le dispositif de l'île aux oiseaux de Préverenges, essentiellement conçue pour l'accueil des limicoles et laridés migrateurs. Les oiseaux ont été bagués au stade de poussins avant d'être capables de voler et de quitter la plateforme. Ils ont donc capturés à la main à l'occasion de quatre visites à la plateforme de nidification les 9 et 25 juillet, 9 et 29 août 2016. Les nids et les oeufs ont été comptés sur photo.

Déroulement de la nidification

Dès le 9 mai 2016, des offrandes et accouplements ont été observés sur la plateforme, mais seuls 2 couples semblaient s'y intéresser jusqu'au 30 mai. La colonie de Sternes pierregarins s'est installée le 31 mai, lorsqu'au moins 40 individus tournaient au-dessus de la plateforme. Le 7 juin, au moins 50 sternes y ont été dénombrées, puis 60 à partir du 26 juin. Les deux premiers jeunes se sont envolés le 23 juillet, et le dernier (presque capable de voler) était encore présent sur la plateforme le 21 août. La majorité des envols ont eu lieu dans la première moitié du mois d'août. La plupart des pontes qui ont produit des jeunes à l'envol ont eu lieu pendant la première moitié de juin. De nombreux oeuf ont encore été pondus en juillet, mais la plupart de ces pontes tardives ont échoué. Les sternes étaient très agressives envers les prédateurs ailés comme le Milan noir, la Corneille noire, le Goéland leucophée et le Héron cendré. Ces espèces ne pouvaient plus s'approcher de la plateforme ni de l'île. Au moment de l'envol de la plateforme, la plupart des jeunes sternes sont tombées à l'eau et ont rejoint à la nage les enrochements de l'île aux oiseaux ou de l'embouchure de la Venoge. Certaines sont arrivées sur le rivage, où elles étaient à la merci des chiens non tenus en laisse. Heureusement aucun cas de mortalité n'a été observé après le départ de la plateforme. Deux poussins ont été retrouvés morts sur la plateforme avant leur envol.

Provenance des nicheurs

Grâce à 4 caméras GoPro disposées dans la colonie, 2 adultes nicheurs bagués ont pu être identifiés :

  • H 77989, baguée comme poussin le 23 juillet 2013 à 60 km sur le lac de Morat à Salavaux VD par Pascal Rapin
  • H 89565, baguée comme poussin le 11 juin 2009 à 44 km sur le lac de Neuchâtel à Vaumarcus VD par Michel Antoniazza

Résultats du baguage

En tout 30 jeunes ont été bagués et se sont envolés de la plateforme. Le succès de reproduction de 64 % est proche de la moyenne helvétique, qui est de 66 % (32-93 %) de tous les couples nicheurs (y compris ceux ayant échoué) (Maumary et al. 2007). Il n'a pas été possible de déterminer le nombre de couples s'étant reproduits avec succès et ceux ayant échoué.

Date Nombre de couples / nids Nombre d'oeufs Nombre de jeunes bagués Nombre de jeunes envolés Succès de repro duction
09.07.16 env. 20 40 10 0
25.07.16 47 78 13 2
09.08.16 env. 12 env. 25 7 21
21.08.16 0 0 0 7
Total 47 78 30 30 0.64 jeunes / couple

Autres observations

La pose de 4 caméras GoPro a permis d'effectuer d'intéressantes observations. Il a ainsi pu être mis en évidence l'importance de petits Brochets Esox lucius parmi les proies apportées aux jeunes.

Fig. 75. Les nids et les oeufs ont été comptés sur photo.
Fig. 76. Les oeufs sont diversement colorés et tachetés.
Fig. 77. L'une de premières sternes envolées à Préverenges.

Remerciements

C'est grâce à la générosité de Mme Christiane Bauer-Lasserre, ainsi qu'à la Fondation Ellis Elliot et la Fondation Phragmites, que le COL a pu construire la plateforme à sternes de Préverenges.

Fig. 78. Poussins de Sterne pierregarin photographiés lors du baguage le 9 juillet 2016.
Fig. 79. Les jeunes sternes sont encore nourries par leurs parents pendant 2 semaines après leur envol.

Bibliographie

  • Géroudet, P. (1987) : Les oiseaux du lac Léman. Nos Oiseaux – Delachaux et Niestlé, Neuchâtel – Paris.
  • Maumary, L. (1999) : Evolution du statut des oiseaux sur le Léman. Découvrir le Léman 10 ans après F.-A. Forel. Actes du colloque pluridisciplinaire Nyon, septembre 1998. Musée du Léman – Slatkine.
  • Maumary, L., M. Baudraz et T. Guillaume (1997) : La migration prénuptiale des Laro-Limicoles (Charadriiformes) à l’embouchure de la Venoge (rive nord du lac Léman). Synthèse de treize années de recensements et proposition d’aménagement du site. Nos Oiseaux 44 : 125-155.
  • Maumary, L., L. Vallotton & M. Baudraz (2003): L’île aux oiseaux à Préverenges. Rapport final. Cercle ornithologique de Lausanne.
  • Maumary, L., L. Vallotton & P. Knaus (2007): Les oiseaux de Suisse. Station ornithologique suisse et Nos Oiseaux. Sempach et Montmollin.
  • Schmid, H. (1992) : Stationnement des limicoles faisant escale en Suisse. Station ornithologique suisse, Sempach.
Fig. 80 et 81. Courlis cendré ralliant le dortoir de l'île aux oiseaux.
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L'île aux oiseaux à Préverenges: Historique

Groupe « île aux oiseaux de Préverenges »

Située au coude nord du Léman, la baie de Préverenges fonctionne comme un butoir pour les oiseaux migrateurs arrivant du lac au printemps, revenus d’Afrique et en route pour leurs lointains quartiers d’été dans la toundra arctique.

Plus de 230 espèces - des plus communes aux plus rares - dont 60 de limicoles et laridés, y ont été identifiées à ce jour, ce qui en fait un des hauts lieux de l’ornithologie helvétique. Les hauts-fonds exondés au printemps près de l’embouchure de la Venoge attirent un grand nombre de petits échassiers (limicoles), mouettes, goélands et sternes (laridés), tentés de faire escale pour se reposer et se nourrir avant de continuer leur voyage long de plusieurs milliers de kilomètres.

Les longues pattes et le bec effilé des limicoles sont une adaptation exclusive aux vasières peu profondes qu’ils doivent impérativement trouver sur leur chemin afin de reconstituer leurs réserves d’énergie. Malheureusement, les rivages naturels ont pratiquement disparu avec l’urbanisation croissante. Les grèves de Préverenges ne sont exondées qu’une partie du printemps et n’offrent aucune possibilité d’escale pendant la migration d’automne. De plus, les dérangements fréquents dus notamment aux chiens non tenus en laisse perturbent sans cesse les oiseaux.

Face à cette situation, le Cercle ornithologique de Lausanne (COL), en collaboration avec Pro Natura Vaud et le Groupe ornithologique et des sciences naturelles de Morges et environs (GOS), a élaboré un projet d’île aux oiseaux à l’embouchure de la Venoge. Cette île, située à une centaine de mètres de la rive, est composée d’un enrochement en forme d’arc abritant un banc de sable et de gravier. Etant exondée en toute saison, elle offre une capacité d’accueil optimale pour les migrateurs. Un îlot est dévolu à la nidification de la Sterne pierregarin.

Cette île constitue un attrait pour les promeneurs qui peuvent observer à loisir ces voyageurs fascinants. Des panneaux d’information pour le public ont été mis en place sur le rivage en 1996, permettant l’identification des nombreuses espèces présentes au printemps et en hiver.

Le projet est soutenu financièrement par la Confédération, le canton de Vaud, les communes riveraines concernées ainsi que par des associations de protection de la nature, des entreprises et des privés . Le coût total du projet est de 550'000.-

Lionel Maumary, Michel Baudraz et Laurent Vallotton


Principaux concepts de l'île aux oiseaux:

  • Empêcher l'accès aux prédateurs, aux chiens et aux promeneurs en éloignant suffisamment l'île du rivage, quel que soit le niveau du lac. Cette condition est impérative pour que des oiseaux farouches puissent se sentir en sécurité
  • Choisir une distance au rivage adéquate garantissant la tranquillité des oiseaux et permettant leur observation dans de bonnes conditions. Etant donné le nombre croissant d'observateurs équipés de jumelles et de télescopes, l'aspect pédagogique du projet ne doit pas être négligé et rester en accord avec la volonté de la commune de Préverenges, qui avait déjà proposé la pose de panneaux didactiques à cet endroit
  • Trouver une zone stable et peu profonde de manière à limiter la quantité de matériaux qui doivent être apportés et diminuer le coût du projet. La zone d'implantation de l'île a été choisie sur un socle de molasse affleurante qui s'étend sur plus d'une centaine de mètres au large sable, graviers ou rochers.
  • Dossier complet de l'île en PDF
  • Article paru le 13 juin 2002 dans le 24 heures.
  • Article paru dans la revue ORNIS d'août 2002.

  • Observations:

    Après de nombreuses années de persévérance, les travaux de réalisation de l'île aux oiseaux de Préverenges se sont achevésau mois de juillet 2002. Dès le printemps 2002, se sont succédés une très grande variété d'oiseaux d'eau migrateurs, pour le plus grand bonheur des ornithologues de la région qui se sont montrés très nombreux.

    D'ores et déjà, on peut dire que l'île remplit parfaitement sa fonction. Les migrateurs s'arrêtent volontiers sur l'île, sécurisés par la présence d'autres oiseaux et la distance qui sépare cet ouvrage du rivage. Auparavant, la plupart se contentaient de survoler le site, n'y trouvant pas la tranquillité nécessaire pour oser s'y poser, et poursuivaient leur migration.

    En début du printemps 2002, les limicoles préféraient se nourrir sur le rivage car l'île, encore " neuve " n'offrait que très peu de nourriture. Ils utilisaient donc l'île pour passer la nuit ou se reposer en cours de journée. Par la suite, l'île s'est enrichie en nourriture grâce aux matériaux organiques déposés par les courants.

    Voici quelques observations du printemps 2002, qui donneront probablement l'envie de s'y rendre aux observateurs qui ne sont pas encore allés avec leurs jumelles sur ce site :

    • durant le mois de janvier, un petit groupe de Courlis cendrés comptant jusqu'à 15 individus venait dormir sur l'île. Ils se nourrissaient principalement sur la rive française dans la région de Sciez durant la journée. Ainsi, ils parcouraient chaque jour plus de 50km pour se rendre jusqu'à l'île.
    • à partir du 1er mars et jusqu'au 6 juin au moins, il n'y a pas eu un seul jour sans observation de limicole.
    • sur les 34 espèces de limicoles observés depuis la fin du siècle passé, 27 l'ont été en 2002.
    • cette année a été l'année de plusieurs records : par exemple celui du plus grand nombre de limicoles observés au printemps (alors que ce n'était pas une année de particulièrement basses eaux), celui du plus grand groupe de Bécasseaux sanderlings observés en Suisse (32 individus étaient présents entre le 2 et le 5 mai, alors que le plus grand groupe jamais observé dans notre pays auparavant était de 17 individus) ou encore les 44 Courlis corlieux qui étaient présents le 14 avril.
    • plusieurs espèces rares ont été observées comme la Glaréole à collier qui a séjourné pendant 3 jours au début du mois de mai (alors qu'une seule observation avait été effectuée sur le site en 1971) ou les Sternes caugek, hansel et caspienne.
    • le 2 mai a été une journée exceptionnelle puisque 110 limicoles étaient présents sur l'île sous une pluie battante, dont 43 Chevaliers aboyeurs, 19 Grands Gravelots et 7 Tounepierres.

    Les observations effectuées lors de la migration automnale (juillet à octobre) montrent que l'île est également très fréquentée par les limicole lors de leur retour vers leurs quartiers d'hiver africains. En effet, en 2002, les observations automnales totalisent près de la moitié des observations printanières, soit près de 750 données (limicoles/jour). Ce résultat très encourageant est la preuve qu'il était indispensable de réaliser une île à l'embouchure de la Venoge.

    Les ornithologues sont maintenant assurés d'y faire de belles observations tout au long de l'année.


    Financement:

    La réalisation de l'île n'aurait sans doute pas été possible sans l'impulsion initiale qu'a représenté la subvention versée par l'OFEFP dans le cadre de l'Année européenne pour la conservation de la nature 1995 (AECN95). De nombreux parrains de tous horizons sont venus s'ajouter pour permettre le financement complet des travaux.

    Le produit de la vente des cassettes du film "La migration des oiseaux à Préverenges" ainsi que des affiches "Les oiseaux migrateurs à Préverenges" a été intégralement versé au profit de l'île aux oiseaux.

    Toutes les tâches des membres du Groupe "Ile aux oiseaux" (conception de l'île, élaboration des plans, relevés topographiques, publicité, tournage de film, graphisme, coordination etsuivi des travaux, administration, études ornithologiques) ont été réalisées bénévolement.

    Liste des sponsors principaux:
    • Fondation MAVA
    • Fondation Ellis Elliot
    • Mme Bauer-Lasserre
    • Année européenne pour la conservation de la Nature (AECN 95, Confédération)
    • Loterie romande
    • Fondation Hans Wilsdorf (Montres Rolex)
    • Pro Natura Vaud
    • Société Nos Oiseaux
    • Association suisse pour la protection des oiseaux (ASPO)
    • In memoriam Larry Bigelow
    • Fonds suisse pour le Paysage (Confédération)
    • Centre de conservation de la Faune et de la Nature (Etat de Vaud)
    • WWF suisse
    • Société protectrice des animaux (SPA)
    • Pour-cent culturel Migros
    • Novartis
    • Commune de St-Sulpice
    • WWF Vaud
    • Le Retraites populaires
    • Cercle ornithologique de Lausanne (COL)

    Pour soutenir le projet :

    • “ Île aux Oiseaux à Préverenges ”
    • Compte BCV n° 956.04.24
    • CCP 10-725-4
    • 1002 Lausanne

    Faire un don

    Pour tout renseignement :

    • Cercle ornithologique de Lausanne
    • c/o Lionel Maumary
    • Praz-Séchaud 40
    • CH-1010 Lausanne

    Historique:

    L'idée de la création d'une île permettant d'optimiser la capacité d'accueil pour les limicoles migrateurs a germé dès 1984, année du premier suivi complet de la migration printanière (Duperrex 1990). Une esquisse de projet, présentée en 1986 par L. Maumary et H. Duperrex au Centre de conservation de la faune et de la nature du canton de Vaud, n'a cependant pas obtenu le soutien du Conservateur de la faune d'alors, jugeant que le projet nuirait à l'esthétique des rives.

    Le projet est donc resté en veilleuse durant une décennie, pendant que les recensements systématiques et la pose de panneaux provisoires d'information au public se poursuivaient chaque printemps. En 1995, Année européenne de la conservation de la nature (AECN 95), un dossier a été soumis par L. Maumary, L. Vallotton et M. Baudraz dans le cadre d'un concours organisé par l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP).

    Ce projet prévoyait dans un premier temps la création de panneaux synoptiques permettant de sensibiliser le grand public à la problématique des oiseaux migrateurs, puis dans un deuxième temps la création d'une île au large de la plage de Préverenges. Dès 1997, la sélection de ce projet par l'OFEFP, assortie d'une promesse de subvention de CHF 61'200.-, a constitué le déclic pour une procédure élargie de recherche de fonds et le début des démarches administratives.

    Après plusieurs années de démarches administratives, les travaux - retardés par des oppositions de principe - ont enfin pu commencer en octobre 2001 et se sont terminés en juillet 2002. Deux films de la construction de l™île ont été réalisés par A. Genton et L. Varidel.


    Récapitulation des principales étapes:

    • 1984 - 1995 - Douze années d'études scientifiques sur la migration des oiseaux à l'embouchure de la Venoge, aboutissant à la conception du projet d'île aux oiseaux.
    • Septembre 1995 - Demande d'octroi de subvention auprès de l'AECN 95 sur la base d'une estimation du coût total du projet de CHF 200'000.
    • Mars 1996 - Inauguration officielle des panneaux d'information pour le public en présence de 110 personnes.
    • Mai 1996 - Préavis favorables de l'ensemble des services cantonaux auxquels le projet est présenté.
    • Novembre 1996 - Présentation du projet au colloque interrégional d'ornithologie de Neuchâtel.
    • Septembre 1997 - Parution dans la revue Nos Oiseaux de l'article de synthèse de l'ensemble des observations ornithologiques à l'embouchure de la Venoge de 1950 à 1996.
    • 17 novembre 1997 - Octroi d'une subvention de 61'200.- par l'AECN 95. Cette première promesse de don constitue le départ officiel des démarches visant à la réalisation du projet. Création du Groupe " Ile aux oiseaux".
    • Mars 1998 - Elaboration du projet définitif et estimation financière à 460'000.-
    • Avril - mai 1998 - Tournage d'un film présentant le projet et les oiseaux migrateurs à l'embouchure de la Venoge.
    • 1 mai 1998 - Lancement de la première campagne de recherche de fonds auprès de 20 sponsors susceptibles d'être intéressés par le projet.
    • Juillet - août 1998 - Montage du film de L. Maumary " La Migration des oiseaux à Préverenges".
    • Septembre 1998 - avril 1999 - Huit projections du film dans les communes de la région concernée par le projet.
    • 14 septembre 1998 - Présentation du projet définitif à la municipalité de la commune de Préverenges.
    • 8 novembre 1998 - Mise en soumission du projet auprès de 7 grandes entreprises de génie civil de la région. L'offre la plus avantageuse est celle de la Sagrave.
    • Fin novembre 1998 - Réalisation d'un photomontage du projet pour évaluer son impact visuel depuis le rivage.
    • Janvier - juillet 1999 - Parution d'environ 20 articles sur le projet dans les différents journaux et revues régionaux et nationaux.
    • Mars 1999 - Réalisation par un géomètre du plan cadastral du projet.
    • 6 - 26 avril 1999 - Mise à l'enquête du projet. Opposition de quelques riverains.
    • 30 avril 1999 - La commune de Préverenges donne un préavis favorable au projet et propose au Service des Eaux, Sols et Assainissement (SESA) de lever les oppositions.
    • Août 1999 - Fin de la campagne de recherche de fonds. La somme totale de 460'000.- est réunie sous forme de dons ou de promesses de dons.
    • Septembre 1999 - Recours des opposants contre la décision du SESA de lever les oppositions. Début de la procédure au Tribunal administratif.
    • 26 juillet 2000 - Correspondance de Me. Trivelli, avocat du Groupe "Ile aux oiseaux", pour enter d'accélérer la décision du Tribunal administratif et permettre la réalisation des travaux en automne 2000.
    • 31 octobre 2000 - Arrêt du Tribunal administratif déboutant les opposants au projet.
    • 1er décembre 2000 - Fin du délai de recours. Les opposants renoncent à poursuivre leurs démarches. Le permis de construire est délivré. Les travaux doivent être reportés à l'automne 2001.
    • 26 avril 2003 - Inauguration officielle de l'île.

    Insula lemanica avium

    Au Léman des oiseaux s'ajoute désormais une île pour les oiseaux. C'est un évènement riche en singularités et significations. Notre lac ne compte que fort peu d'îles, qui sont à vrai dire de minuscules îlots édifiés pour des motifs aujourd'hui obscurs. On se dit qu'il a fallu un levier puissant pour faire surgir des eaux de Préverenges un refuge lacustre consacré aux oiseaux migrateurs. L'idée semble sans doute farfelue - et pourtant elle a su passer du rêve utopique à la planification technique et financière ; elle a pénétré les redoutables méandres des administrations, elle a décroché les autorisations et les subsides…Tel est le pouvoir magique des oiseaux, tel est le charme exquis de l'utopie.

    ('Lionel Maumary - \rMichel Baudraz - \rLaurent Vallotton\r')

    Ceux qui en savent le plus sur cet ensorcellement, ce sont ces singuliers voyeurs d'oiseaux qui rôdent dès potron-minet le long des rivages. Le phénomène n'est pas récent : depuis bien plus d'un siècle, des amateurs d'ornithologie hantent les bords de ce lac en guettant les envols et les appels des hôtes de passage, en scrutant les eaux lointaines où peuvent surgir d'énigmatiques silhouettes…La passion des découvertes lie ces observateurs au fascinant cortège des voyageurs ailés. Cette passion s'affine au contact de la connaissance scientifique ; elle déborde sur toute la nature. De sa ferveur naît un regard particulier sur le monde.

    De la jeune génération de ces naturalistes de terrain sont issus les créateurs et réalisateurs de l'île des oiseaux. Leur vision, leur énergie persévérante et leur motivation méritent notre respect. Leur réussite promet de beaux moments, non seulement aux ornithologues chevronnés mais aussi aux curieux que cette île insolite attirera.

    Bien que je ne sois pas en mesure de participer à la fête, à mon vif regret, je félicite de tout cœur tous ceux qui se sont dévoués à faire naître l'île des oiseaux. Celle-ci, en toute modestie, offre déjà un point de repos bienvenu à des hôtes que nous avons la joie de reconnaître grâce aux lentilles des jumelles et longues-vues. Venez donc, chevaliers, courlis et bécasseaux, échasses et avocettes. Et vous, les goélands, mouettes et sternes gracieuses, prenez là du bon temps…Tous les hérons sont invités - et bien sûr les sémillantes bergeronnettes et tous les menus passereaux lassés du long voyage. Que vous trouviez sur cet îlot le réconfort - tel est le vœu de vos amis. Votre plaisir sera le nôtre !

    Paul Géroudet, 18/19 avril 2003